HISTOIRE : Anniversaire de la dédition de Nice à la Maison de Savoie

Le 28 septembre est une date majeure de l’histoire niçoise. En effet, il y a précisément 630 ans, les 4 vigueries constituant la provence orientale quittent la souveraineté de  Charles III de Duras pour se placer sous celle d’Amédé VII de Savoie. Cette date importante marque le début d’une histoire longue de 5 siècles pour l’histoire niçoise. Ce changement de souveraineté participera grandement à la définition d’un particularisme culturel, politique, architectural, artistique à Nice et dans sa proche région que l’on nomme Comté de Nice. Aujourd’hui notre rédaction propose de revenir sur cette dédition de 1388 et d’essayer de distinguer la réalité historique prise au sein d’un roman national nissart.

Généralement lorsque les niçois font référence à la dédition du comté, ils ne connaissent que la conséquence de cet événement, à savoir son changement de souveraineté. Quelques uns, plus érudits en la matière, sont capables de donner un contexte historique général à cette date. Mais au final très peu sont réellement capables de dire ce qu’il s’est passé à cette période. De même, on constate bien souvent l’absence de questionnement autour de 1388 où règne un grand flou historique.  La charge émotionnelle autour de cette date a mené divers acteurs tout au long des siècles à fantasmer les évènements de 1388. La tradition historiographique intégrera l’idée, que les niçois unis sous une unique voix auraient pris le parti de se dédier librement à la famille de Savoie afin de s’éviter les conséquences désastreuses de la guerre civile en Provence entre les Duras et les Angevins. Cette historiographie fut peu à peu intégrée dans les discours constituant le roman national nissart et efface de fait une partie de la réalité historique pour nourrir une approche plus politique.

Une dédition ? Non. Une conquête militaire préparée

Le terme de dédition est ici, extrêmement trompeur, en effet ce terme est totalement absent au 14ème siècle. Ne nous y trompons d’ailleurs pas, puisque le terme n’apparaît qu’au XVIIIe siècle pour se développer réellement au XIXe siècle dans un contexte marqué par le combat autour du droit des peuples à disposer d’eux même. En effet, la monarchie sarde était attentive à ce que la province de Nice ait bien réalisé un choix libre de souveraineté en 1388.

La réalité ne serait donc pas celle d’un peuple niçois qui par sa volonté souhaite se tourner vers la Savoie. Non, en réalité la population niçoise n’a été qu’une spectatrice des actes de son oligarchie.

Établissons le contexte historique pour mieux comprendre. Nous sommes en 1382, et l’Union d’Aix est constituée en réponse aux divisions politiques entre  la famille de Duras et la famille d’Anjou toute deux prétendante à la succession de la Reine Jeanne. . Cette union débouche de fait sur une guerre civile et marque l’affrontement entre Charles III de Duras et Louis Ier d’Anjou puis son fils Louis II.

La guerre sera longue, de plus la région est à bout de souffle des conséquences de cette guerre, famine, crise économique, un commerce au ralenti, et une population amoindrie depuis la terrible année de 1388.

Progressivement la guerre tourne à l’avantage des Anjous et voit les villes de l’Union d’Aix se défaire de cette alliance afin de négocier avec les vainqueurs. Nice et sa région sont également au coeur d’intrigues entre les partisans des deux camps. La provence orientale est aux mains de Grimaldi de Beuil, sénéchal de la province, nommé par Charles III puis maintenu par son fils Ladislas . Ce noble va se servir de cette guerre civile pour accroître ses privilèges et ses prérogatives. Ajoutons que les édiles municipales étaient du côté de Charles III et de son fils. Alors lorsque Ladislas est désormais dans l’incapacité de défendre ses derniers partisans, Grimaldi prend la direction des opérations qui vont suivre avec pour objectif de ne pas perdre ses acquis en voyant les angevins gagner la guerre. A ce titre, les partisans des angevins comme l’abbé de St Pons et d’autres grandes familles vont fuir la ville de Nice. Grimaldi agira dans l’ombre en négociant avec les Savoie pour faire leur entrée militaire dans la région en échange de l’augmentation de ses fiefs.  L’invasion sera dûment préparée durant plusieurs semaines tant sur le plan stratégique que politique puisque même la femme du comte de Savoie ( Bonne de Bourbon) ira demander l’autorisation au roi de France de laisser passer les armées de Savoie sur les territoires du Dauphiné. La traversée de la province fut discrète et ce n’est qu’au dernier moment que les syndics de la ville apprirent l’arrivée des Savoies. La fidélité à Ladislas devait à ce moment précis amener la cité de Nice à combattre le nouvel envahisseur. La duplicité de Grimaldi de Beuil de son côté était toujours inconnue des élites municipales. Ce ne sera qu’à la vue des bannières de l’Ost de Savoie que Grimaldi demandera l’ouverture des portes. Un conseil délibéra jusqu’à ce qu’il soit pris la décision d’envoyer des émissaires à l’abbaye de St Pons pour organiser une soumission. La capacité de défense de la ville était réduite puisque le commandant de la garnison du château -grimaldi- aurait de toute manière ouvert les portes.

On se rend bien compte, de fait que l’arrivée des Savoie n’est absolument pas un voeu de la population niçoise mais bien le résultat de combinaisons politiques associées à l’extension voulue des territoires de la maison de Savoie. Aujourd’hui si l’on s’attache à relire aux archives “ l’acte de dédition”  il faudra rappeler qu’il ne s’agit que d’une copie du XVIe siècle. De plus, comme tout type de texte de ce type il faut savoir prendre de la hauteur face au lyrisme qui constitue la base du document pour pouvoir en faire une véritable exégèse.

Le texte présente et confirme les privilèges de la ville de Nice comme il était de coutume dans l’ensemble de la Provence à cette époque avec les comtes. De surcroît les plus avertis verront que le texte ressemble énormément à un texte précédent signé par Charles III. L’acte de dédition n’est en réalité qu’un document juridique dans lequel on pose les bases légales de la nouvelle appartenance de Nice et où les privilèges de la ville sont maintenus.

Il n’en reste pas moins que la date de 1388 reste une date primordiale pour l’histoire locale et qu’elle marque une nouvelle réalité pour la région qui nourrira toutes les luttes politiques et dynastiques futures. Aujourd’hui encore ce texte nourrit l’imaginaire et cela sera sans doute encore le cas dans les siècles futurs.

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